Anecdotes

Un week-end surprise

Paul vient d’annoncer à Claire qu’il avait prévu un week-end surprise pour la faire décompresser et patienter jusqu’aux vacances. Mais Claire ignore tout de cette surprise…

CLAIRE

Mercredi, 16h, SMS de Paul : « Ma chérie, pose ton vendredi après-midi, je t’embarque pour un week-end surprise. Je t’aime. »

16h et 4 secondes : Je tourne 3 fois sur ma chaise de bureau, crie de joie et m’imagine déjà à lézarder sur la plage de Deauville avec Voici dans une main et un Spritz dans l’autre. Je me félicite moi-même : j’ai bien fait de m’acheter ce deux-pièces la semaine dernière, même s’il était complètement hors-budget.

Ahhh, qu’est-ce que j’aime cet homme. Il a compris que ne supportais plus de voir mes collègues aller et revenir en vacances, bronzage qui va avec, pendant que j’attends désespérément la dernière semaine de septembre pour m’envoler pour la Sardaigne. Un week-end lui et moi à la plage, à se balader dans les rues comme deux jeunes amoureux, à se dévorer des yeux au restaurant qu’il aura pris soin de réserver, à faire l’amour comme si c’était la première fois… Je suis tout excitée !

Vendredi, 14h30 : Dernier check à la liste de mes essentiels : sortie de plage ok, crème solaire ok, magazines ok, capeline ok, bouteille de champagne ok. Sac de plage Marc Jacobs en main, Ray-Ban sur la tête, je file à la voiture dans l’espoir que Paul entende mon impatience. J’ai des cœurs à la place des yeux et je m’imagine déjà à faire la crêpe sur la plage… ça va nous faire un bien fou !

Claire imaginant son week-end surprise...

14h35 : Paul arrive, me bande les yeux afin de saisir l’adresse du GPS. Il me libère dès l’itinéraire planifié. Je regarde furtivement le GPS qui indique 2 heures et 15 minutes de route et compare à ce que me suggère Google Maps (téléphone en silencieux, pour ne jamais montrer à l’homme qu’on doute de lui) : distance et kilomètres concordent à 3 kilomètres près, je suis plutôt rassurée même si je ne peux m’empêcher de regretter de n’avoir pas consulté son historique.

15h : Nous avons quitté le périph’. Paul a pris une route qui ne me dit pas grand chose, et à Google Maps non plus.. J’ose un « Chéri, tu ne te serais-pas trompé de sortie ? » et, serein, l’homme me répond « absolument pas ma chérie, j’ai bien suivi le GPS ». Je sens des perles de sueur goutter sur mon front, je ne dis rien.

15h10 : Nous prenons à présent l’A10 pour Chartres/Nantes/Orléans/Bordeaux. Presque toutes ces villes provoquent en moi d’étranges convulsions, sauf si c’est Bordeaux puis le Cap-Ferret. Mais, en y songeant, le Cap-Ferret est beaucoup plus loin que Deauville… Mon monde et mon week-end s’effondrent alors que nous avons fait 4 kilomètres sur l’A10. Si c’est Chartres, je le quitte. Si c’est Orléans, je fais une grève du sexe pour une durée indéterminée. Les sensations qui me parcourent sont étrangement similaires à celles éprouvées lors de la première et unique fois où il a tenté de me faire découvrir le camping…

15h30 : Je préfère dormir plutôt qu’affronter la réalité.

16h20 : J’émerge. Et là, que vois-je ? Moi qui pensais voir la plage, le sable fin et les hommes, je découvre l’environnement dans lequel Paul conduit : la forêt. La forêt putain !!!

week-end-surprise-minion

La forêt, je la tolère au printemps, à la limite en automne, mais pas en plein été par 33°C dehors. Surtout que, pour la première fois, j’avais envie d’exhiber mon corps à la plage avec mon nouveau deux-pièces de chez Eres et surtout mes kilos en moins. Oui, j’ai réussi à tenir mon régime mâche-tomates-melons et j’ai perdu 5 kilos. Ok j’en ai bavé mais j’ai l’impression d’avoir le corps d’un mannequin Victoria’s Secret, avec 15-20 centimètres de moins. Ce moment à la plage, mon corps en a besoin, mon esprit aussi, alors qu’on ne me traite pas d’insatisfaite.

16h22 : Bon, peut-être qu’il a pris une cabane dans la forêt avec piscine ou jacuzzi… Je l’espère, pour sa propre survie.

16h45 : Paul me dit, confiant, « Nous sommes presque arrivés ma chérie, réveille-toi », ce à quoi j’ai furieusement envie de répondre « je suis réveillée connard, je garde juste mes lunettes pour que tu ne constates pas tout de suite mon immense déception ». Je ne réponds rien, faisant mine d’émerger aussi difficilement que le lundi matin. Pierrefitte-sur-Sauldre, mais qu’est-ce que c’est ? Où sommes-nous ? Et la civilisation ?

Pierrefitte-sur-Sauldre et Deauville : qui aurait pu croire que ces deux destinations avaient un temps de trajet identique depuis les Batignolles ? Que le paradis et peut-être l’enfer étaient à égale distance de la maison ?

16h55 : Nous arrivons devant une petite maison de village, au demeurant agréable, avec sa glycine et son architecture que je n’avais jamais observée dans les rues parisiennes. Une solognote apparemment. La maison est bien rénovée et dispose d’un joli jardin tout en longueur avec chaises longues, table à apéro, luminaires d’extérieur. Mais c’est quand même pas Deauville. Alors que je pense à prendre un verre dans le jardin pour oublier ma peine, Paul me demande de prendre mon maillot et de le suivre. Une plage à Pierrefitte-sur-Sauldre ? J’en doute fort, j’ai beau ne pas être la reine de la géographie, je sais néanmoins que la Sologne n’est pas un spot estival. Une piscine municipale peut-être? Il ne vaudrait mieux pas pour lui et sa dignité.

17h05 : Mort dans l’âme, je suis Paul jusqu’à la sortie du village, où je découvre, en contrebas d’une nationale bordée par d’immenses forêts, une rivière bordant un vieux lavoir. Une putain de rivière et un putain de lavoir ! De nouvelles perles de sueur gouttent sur mon front, plus grosses encore, et je ne parviens pas à me sortir de la tête cette fois où il a osé nous faire pénétrer dans un camping.

17h06, l’homme, bientôt célibataire, en pleine Sologne : « Je venais souvent ici lorsque j’étais enfant avec mes cousins. Nous sautions du pont et remontions toute la rivière, en faisant des haltes pour plonger de vieilles souches. L’eau est magnifique et très pure ici, c’est un plaisir de s’y baigner. »

17h06 et 23 secondes : Si, en mon for intérieur, je rêve de lui hurler dessus, de le quitter et d’aller à Deauville en Uber (Ils ont Uber dans le Loir-et-Cher?), la part d’humanité qui subsiste en moi ne parvient qu’à sortir un presque trop timide : « je ne m’y attendais vraiment pas et, pour être honnête, je ne suis pas rassurée à l’idée de me baigner en eaux troubles. J’ai vu trop de films d’horreur impliquant un lavoir et des organismes génétiquement modifiés. Je vais trouver un emplacement sans vase ni algues et insectes étranges pour faire bronzette sous le soleil… de Sologne. »

17h07, l’homme : « Fais-moi confiance et suis-moi ».

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17h07 et 12 secondes : Que les choses soient bien claires : j’ai très envie de lui hurler dessus, de lui dire une quantité d’horreurs sans nom, de faire demi-tour… mais je n’ai pas envie de gâcher ce week-end dans ce (minuscule) village qu’il a tant aimé lors de son enfance. Je décide donc de prendre sur moi ̶ un moment encore plus difficile moralement que lorsque j’ai découvert Britney se rasant le crâne  ̶ et de le suivre, d’accepter de me baigner dans la vase, sûrement en contact avec d’étranges poissons que je ne verrai pas tant l’eau est verte.

Ni une ni deux, je tais mes peurs et mes haines et me jette à l’eau, suivie de près par Paul.

17h37 : Ça me crève de l’admettre mais l’homme avait peut-être raison. La baignade est ô combien agréable, l’eau par endroits presque limpide et, surtout, nous sommes seuls au monde… Ce n’est pas Deauville certes, mais je me sens bien. Ce week-end s’annonce finalement pas si mal

PAUL

Mercredi, 15h30 : Coup de fil à l’office du tourisme de Pierrefitte-sur-Sauldre, un village que j’ai visité à de nombreuses reprises enfant puis adolescent, où j’ai découvert le bon-vivre de la Sologne, ses rivières, ses forêts… Je demande si des hébergements sont disponibles pour ce week-end. Fort sympathique, la personne au bout du fil me signale une pépite dont elle a récemment pris connaissance, avec un jacuzzi. Elle me donne le téléphone de la propriétaire que je contacte sans attendre. C’est réservé !

Danse de la victoire et intense sensation de fierté. Des semaines que Claire me rabâche qu’elle a besoin d’air, de quitter Paris et notre quotidien pour quelques heures. Elle ne pourra plus dire que je ne l’écoute pas !

16h : Sms à madame, je sens que j’ai marqué des points ! Ça va être la fête à la maison ces prochains jours, et madame devrait m’épargner ses crises d’hystérie et ses instants mélancoliques, qui surgissent chaque été à l’approche des vacances.

Vendredi, 14h : Claire tient difficilement en place. Elle a rarement été aussi excitée à l’idée d’un week-end surprise. J’espère quand même ne pas la décevoir avec mon choix de destination. Récemment, j’ai cru déchiffrer certains de ces signes, typiquement féminins, signifiant qu’elle avait envie de plage. Et surtout, j’ai l’impression qu’elle est autant excitée car elle pense que nous allons voir l’océan… Je me suis peut-être emballé mais c’est quand même elle qui me reproche de manquer d’initiatives, de ne plus la surprendre. J’ai agi pensant lui faire plaisir. On verra.

15h : Alors que nous quittons le périph’, je constate que Claire se crispe et me demande si je suis sûr et certain de la route sur laquelle je me suis engagé. Là, je constate qu’elle commence à être sérieusement effrayée par la destination, et moi par la colère du dragon qui sommeille en elle.

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Le problème avec Claire, et peut-être avec les femmes, c’est qu’elle réclame sans cesse d’être choyée et surprise. Mais si la surprise ne correspond pas exactement à ce qu’elle avait imaginé, c’est la douche froide, le début de la Troisième Guerre mondiale. Donc je restreins mes surprises et elle me le fait payer, lorsqu’elle est traversée par une de ses nombreuses crises d’hystérie par exemple, ponctuées de cris stridents, elle me balance toujours, à deux ou trois vacheries près : « Moi qui pensais vivre un conte de fées avec toi, je me suis bien trompée. Sur toute la ligne. Et dire que j’avais pensé trouver la perle rare, et que je songeais à me marier avec toi… La réalité est douloureuse et immonde ». Ça, c’est sa grande spécialité !

16h45 : Alors que nous approchons dangereusement de Pierrefitte-sur-Sauldre, je réveille le dragon de sa sieste avec des pincettes et une voix particulièrement mielleuse  ̶ au moins aussi mielleuse que lorsque mon apéro du jeudi soir s’éternise, que je n’ai plus de batterie et que je rentre à 4h du mat’.

Dix minutes plus tard, nous parvenons à notre lieu de villégiature solognot. C’est absolument charmant et le village dégage des ondes ô combien apaisantes. Si seulement ça pouvait apaiser Claire… Pour ne pas lui laisser le temps de se décomposer, je l’emmène à la rivière pour piquer une tête. Voilà qui devrait l’enchanter.

17h05 : Nous voilà au lavoir, c’est aussi paisible que dans mes souvenirs. Je me hâte et commence déjà à me déshabiller quand je constate que Claire est blanche comme neige et à deux doigts du malaise. J’ai merdé. Je vais prendre cher, vraiment très cher.

Contre toute attente, elle ne se met pas à hurler et à proférer des insultes mais refuse simplement, et presque poliment, ma proposition de baignade. Elle réagit d’une matière si étonnante et ne lui ressemblant pas que je commence à sérieusement m’inquiéter. Je me souviens alors qu’elle a un jour dit que la déception était pire que la colère. Ma vie est finie, elle va m’anéantir comme lorsque j’ai tenté de lui faire découvrir un super camping. Mais, comme si je fumais la dernière cigarette du condamné, je lui supplie presque de me faire confiance et de se laisser aller.

18h : Voilà presque une heure que nous nous nageons, plongeons et virevoltons dans la rivière, heureux et seuls au monde. Ma surprise commencerait presque à lui plaire et, surtout,elle ne sait pas encore qu’il y a un jacuzzi derrière la cabane du fond du jardin et du champagne au frais.

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Pour rire (encore) :
Week-end en amoureux : les préparatifs
Belle-maman à la maison

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