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Valentine’s Day

Sacro-Saint événement que la Saint-Valentin. Un cliché persiste : alors que les femmes sont obnubilées par ce jour, les hommes s’en soucient uniquement pour éviter l’incident diplomatique à la maison.

CLAIRE 

J-5 : J’ai posé mon vendredi après-midi pour une petite session shopping avec Natacha. Je n’ai pas prévu de dépenser un seul centime, sauf coup de coeur vraiment exceptionnel. Aujourd’hui, je suis venue en repérage pour mon cadeau de Saint-Valentin. Après 3 fêtes des amoureux gâchées par des cadeaux immondes, j’ai décidé de prendre les choses en main. Parce qu’après des roses jaunes, un gaufrier et une écharpe qui scierait davantage à ma grand-mère qu’à moi, il fallait dire stop.

15H : Passage chez Gérard Darel. Coup de coeur immédiat, soldé en plus ! Première photo que j’envoie à Paul pour :
1 – lui signaler à quel point je suis sublime ;
2 – lui envoyer une première idée cadeau (mon message étant accompagné de la légende suivante « J’ai craqué sur ce manteau Darel! Je me sens tellement bien dedans, puis je l’ai essayé en taille M, j’adore l’effet oversized. Tu sais c’est dans la boutique que j’adore, Gérard Darel, 41 rue des Francs Bourgeois. »)

Il a donc connaissance du nom de la boutique, de l’adresse, et même la taille qu’il doit demander. Je préfère lui donner suffisamment d’indices, et qu’il conserve une trace écrite de ma demande. Mieux vaut ce magnifique manteau – même sans surprise – qu’un appareil à raclette qu’il aura orné de roses jaunes !

15H04 : J’ai trouvé LE sac. Le sac qu’il me faut, le sac de ma vie. Je le prends dans mes bras tant je l’aime déjà. Nouvelle photo pour Paul. Message subliminal 2 envoyé.

15h25 : Comptoir nous voilà !!! Petite robe en soie, manteau jacquard. J’immortalise chaque coup de coeur pour Paul, que j’agrémente d’un « tu aimes cette robe de chez Comptoir des Cotonniers ? Je suis trop heureuse, la taille S me va, mon régime paye enfin ! »

saint-valentin-shopping

15h45 : Je craque quand même pour une petite chemise. Ça, monsieur Paul n’a pas besoin de le savoir.

16h : C’est l’heure des dessous. Hautement désirable, sensuelle et coquine : c’est ce que devra ressentir Paul lorsqu’il me verra ainsi (en vrai, mon régime paye, je ressemble de moins en moins à Britney dans ses mauvais jours !).

17h : J’ai fait 4 suggestions à Paul, je pense que c’est bon. Il a tellement peur de mes hurlements et de mon double démoniaque (qui surgit quand je suis énervée, ou bourrée) qu’il m’offrira sans nul doute une de ces pièces. Et je serai une femme comblée.

En attendant, pour que Natacha et moi-même soyons comblées, c’est l’heure du Chardonnay.

18h : On se raconte nos pires Saint-Valentin. Je pensais tenir le gros lot avec mon gaufrier. Mais Natacha a connu des situations bien différentes. Je ne sais pas ce qui est le pire, ou le plus drôle : son mec qui se barre le soir de la Saint-Valentin avec sa cousine, ou celui d’après qui lui propose une vie à deux ce fameux 14 février et qui l’accueille nu, avec un trousseau de clefs accroché à son pénis.

19h : Message à chéri « je finis la bouteille de Chardonnay avec Natacha et je rentre ! J’ai trouvé ton cadeau de Saint-Valentin, tu vas ADORER ! »

Bon, c’est pas vrai, mais cette tactique a un double effet :
1 – Il a trop la pression.
2 – Je sais que demain il écumera les boutiques suggérées pour me choisir un merveilleux cadeau. Voire deux si je le fais davantage flipper.  Et pendant ce temps-là, je pourrai lui trouver un cadeau.

J-4 : Un beau cachemire et deux places pour le match retour du PSG contre le Real Madrid, cadeaux trouvés ! Parce que monsieur n’a pas encore réalisé qu’il allait rater un super match par amour pour moi…

J-2, au boulot. 14h47 : Sms de Paul « Chérie, on peut pas dire que la Saint-Valentin cette année on fait ça le 15 ? Parce que le 14, il y le PSG contre le Real, c’est la Ligue des Champions, un match au sommet ! On pourrait aller voir l’événement avec un super apéro. Et le lendemain, je t’inviterai au resto de ton choix. Deal ?  »

14h48 : J’allume deux clopes en même temps, et je pense à poser un demi-RTT pour faire ses valises et le foutre dehors. Ma réponse « Écoute moi bien grand con. Si tu penses que je ne vaux pas mieux qu’un match de foot, alors je t’affirme que je mérite bien mieux que toi. Et puis, des matchs il y en a tout le temps. Alors qu’une femme aussi merveilleuse que moi, on n’en rencontre pas tous les jours. Je te laisse 43 secondes pour t’excuser platement. Ou toi et tes caleçons pourris vous retournerez chez ta mère et jamais plus tu n’entendras parler de moi. »

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Je suis un peu dure c’est vrai. Si demain Beyoncé décide de faire un concert le 14 février, je choisis Beyoncé ! Mais il faut toujours faire culpabiliser l’Homme, pour notre propre épanouissement.

Jour J, 16h : Je pars plus tôt du boulot. Rendez-vous chez l’esthéticienne, puis chez le coiffeur. Que je lui fasse oublier ce satané match !

18h : J’enfile mes dessous affriolants, ma petite robe noire, des escarpins vertigineux, un trench et je file boire l’apéro avec Natacha. On a notre rituel annuel, du Chardonnay en guise de before.

20h45 : J’arrive à l’Alcazar, dans le 6ème. Un petit quart d’heure de retard pour faire monter l’attente, le désir. Me sens sexy ce soir !

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20h46 : Je suis épatée ! Sur le cul même. Paul a déjà commandé une bouteille de champagne et, faut bien le reconnaître, il est canon !

(21h18 : Ce qu’on peut être amoureuse quand on est bourrée…)

21h40 : Comme je suis une copine mignonne et hyper tolérante, je l’autorise à me délaisser quelques minutes pour qu’il regarde où en est ce putain de match. Il est tout blanc, match nul. Je suis en train de le perdre.

Foutus pour foutus, on passe au rouge !

(21h57 : On peut être très très excitée quand on est vraiment bourrée… Puis cette chemise… ces yeux… ces mains…)

22h28 : Vient le moment du cadeau. J’ai continuellement observé les alentours et je n’ai vu aucun paquet de chez Darel ou de chez Comptoir. Un gaufrier, c’est sûr. Ici même, mon honneur et mon statut de femme forte et indépendante vont être balayés lorsqu’il brandira fièrement son gaufrier, qu’il aura pris quand même rose pour me « faire plaisir ». Je suis dans la merde.

22h28 et 49 secondes : Une enveloppe. un sac à main ne rentrerait pas dedans. Un manteau, encore moins. Une montre ? Ma vie est foutue !
Ah ! Un week-end en amoureux à Rome prévu pour… ce week-end ! Dans 2 jours !!! Il a pris des initiatives, s’est fait confiance et a voulu me surprendre : il est bien plus futé que la majorité des mâles en couple. Apparemment, j’aurais été un peu « lourde » avec mes allusions à des cadeaux, merde. Ça m’apprendra tiens ! Mais qu’il n’emploie jamais plus le terme « lourde » pour parler de moi, au sens propre ou même figuré !

22h32 : Je lui ai bien scié les pattes avec deux billets pour le match retour du PSG contre le Real ! Je suis trop bonne !

22h55, dans le taxi après le resto : Ce soir j’ai envie de faire l’amour avec cet homme que j’aime. Que j’essaie souvent de contrôler parce que je le pense incapable. Mais je n’ai pas envie de faire l’amour parce que la norme nous dit qu’en ce jour des amoureux un gros câlin s’impose. J’ai ce profond désir car il peut parfois se montrer merveilleux (c’est même souvent le cas, mais ça me tue de le dire). Et puis, comme dirait Natacha, « j’ai envie d’oublier comment je m’appelle ».
Note à moi-même : Ne jamais utiliser cette expression ailleurs qu’en pensées, ne jamais parler comme Natacha. Sinon, Paul finira par m’offrir les clefs d’une hypothétique résidence secondaire sur son pénis, ou une bague de fiançailles qu’il aura délicatement nouée autour de sa chose.

23h10 : La suite ? Ce sera porte close.


 

PAUL

Vendredi, 15h04 : Un message de Claire. Ah ! un manteau. Merde, c’est comme l’an dernier, elle m’envoie des messages qu’elle pense subliminaux.

15H13, se grattant le menton : J’ai passé en revue notre date de rencontre, son anniversaire, l’anniversaire du chat. Aucune date ne coïncide. Merde, ça y est, j’avais complètement oublié : la Saint-Valentin  !

15h14 : Méditation profonde au bureau. Pourquoi veut-elle fêter ça ? C’est la fête des amoureux, ok. Le moment de l’année où l’on doit déclarer sa flamme et son désir pour rassurer sa moitié. Et la gâter, parce qu’elle a décidé que c’était sa fête. En fait, c’est ce qu’elle me demande toute l’année : être gâtée et aimée. C’est même tous les 3 à 4 jours en moyenne, lorsqu’elle me fixe avec son regard de cocker et me demande doucement « tu m’aimes à la folie, hein?« .
Un jour, j’ai essayé de ne pas lui répondre, pour voir sa réaction. Très très mauvaise idée, j’ai évité un vase offert par ma mère de justesse. Et j’ai écopé comme peine d’un mois d’abstinence.

18h : J’ai bien reçu toutes ses photos et ses messages. Mais c’est trop facile. Et parfaitement dénué d’intérêt. Cette année, je vais la surprendre ! Pas de manteau, ni de sac. De toute manière, son dressing déborde déjà.

19h : La pressionnnnn ! Alors que je suis tranquillement avec CandyCrush et ma bière, Claire m’écrit que je vais adorer son cadeau. En majuscules. C’est la merde.

J-4, 15h30 : panique à bord ! Je souhaite lui offrir un petit week-end romantique mais quand, et où ? Dans ces moments de stress intense, je n’ai d’autre solution que d’aller voir Raph, toujours célibataire mais plein de bonnes idées.

17h : Nous partirons donc à Rome ce week-end. Last minute bébé ! Ça c’est de la surprise !

J-2, 14h45 : Qui a osé ruiner ma vie ainsi ? Prévoir les huitièmes de finale de la Ligue des Champions le soir de cette putain de Saint-Valentin.

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J’ose, j’ose pas ? Elle va me découper en morceaux ! Ou alors je fais confiance en sa bienveillance… Allez, message envoyé :

« Chérie, on peut pas dire que la Saint-Valentin cette année on fait ça le 15 ? Parce que le 14, il y le PSG contre le Real, c’est la Ligue des Champions, un match au sommet ! On pourrait aller voir l’événement avec un super apéro. Et le lendemain, je t’inviterai au resto de ton choix. Deal ?  »

14h45 et 24 secondes : Je sens des gouttes perler sur mon front, le coeur qui bat à tout rompre. Sa réaction me fait peur. Je ne dis pas qu’elle est bipolaire mais… elle peut être la plus douce copine de la planète le lundi et vous insulter copieusement et vous abandonner le mardi. Le mystère Claire, le mystère Femme.

15h00, oreilles baissées : J’ai dû m’excuser, dire que je plaisantais à moitié, qu’elle était la plus belle chose dans ma vie et lui promettre une Saint-Valentin tous les mois pour ne pas me faire larguer. Mais, c’était pas loin.

15h02, pensées profondes : Mais dans 2 jours, elle sera sûrement la plus heureuse de la salle. Puis j’ai pris, pour madame, la royal suite, et une piscine se trouve au dernier étage de l’hôtel (= assurer ses arrières).

14 février, 19h : Arrivé à la maison. Un chat, pas de copine… Je la retrouve au resto ? Je suppose. Du moins, j’espère. J’ai le temps pour un petit Candy Crush ? Je suis large !

20h30 : Me voilà à l’alcazar, alors que je n’ai aucune nouvelle de Claire. Peut-être pense-t-elle que j’ai préféré renoncer à ma vie de couple pour un match ? Merde merde merde. J’ai mis une chemise pourtant, et je crois même m’être fait un gommage. Au lieu de 2 packs de bières avec les copains.

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Une coupe la fera sûrement débarquer…

20h45 : Elle est là, je ne suis a priori pas célibataire. Elle est sublime, l’oeil qui pétille, et je sens son parfum se propager pour venir jusqu’à mois.

20h58 : Ah, elle est bourrée aussi ! Cela me revient, ses apéros pré Saint-Valentin entre copines…

21h40 : match nul à la mi-temps, c’est chauuuuud ! Je ne peux quand même pas lui demander d’écourter le restaurant ? Avant même d’avoir offert mon cadeau qu’elle va « ADORER » !

22h30 : J’ai vu sa petite larme, ses émotions face à une vraie surprise (enfin) ! Preuve que je suis apte à la rendre heureuse et que je n’ai pas besoin d’être materné, surtout quand le but est de lui faire plaisir.

22h34 : poooopopopopopo ! 2 places pour le match retour du PSG ! Elle déchire ! Ça a dû lui coûter moralement d’accepter de m’accompagner dans un stade, mais elle l’a fait ! Une belle preuve d’amour ! Finalement la Saint-Valentin pour une fois, j’aime bien !

23h, dans le taxi : Claire est bourrée et – permettez l’expression – chaude. Chauffeur, accélérez pitié !!! Parce que bourrée, elle peut s’endormir en une minute à peine. Pas ce soir pitié.

23h10 : Très éveillée, je crois qu’elle m’appelle à la chambre.

23h11 : J’en avais même oublié la défaite du PSG.

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