Anecdotes·Non classé

Le Dimanche matin

Le jour de repos par excellence. Le seul jour où le pyjama est toléré après midi et où le passage à la douche peut attendre. C’est le dimanche idéal de Paul. Mais j’ai bien d’autres idées en tête.

CLAIRE

J-1 : J’ai vraiment envie d’aller au marché demain matin, puis d’aller bruncher si le soleil reste parmi nous. Siri me dit qu’il fera beau demain. Yesssss ! Un coup de fil rapide à La Rotonde : réservation pour 13H ok.

Jour J

07H45 : Mes dix-huit ans et ma capacité à faire des grasses matinées me manquent. Peu importe le nombre de verres ingurgités la veille, ou bien l’heure à laquelle je suis rentrée, je ne parviens plus à rester au lit, même le dimanche. Le signe que l’adolescence et son insouciance sont parfaitement révolues. Je suis une adulte, j’ai bientôt trente ans. Et cette adulte souhaite  profiter de cette journée doublement merveilleuse ; la grisaille a laissé place au soleil et je sais que ma boss ne m’enverra a priori aucun sms aujourd’hui.

08H30 : Un bon petit-déjeuner ferait plaisir à Doudou. Je file à la boulangerie du coin. Je ne lui ai pas encore dit les projets que j’avais en tête pour aujourd’hui, il faut absolument que je le mette de bonne humeur.

09H15 : Suis prête, habillée en parfaite bobo du dimanche avec son petit panier. Paul ronfle. Il est peut-être trop tôt pour le réveiller. Texto à Johanna, ma copine-mère-de-trois-monstres, pour lui proposer un petit café. Elle est disponible et laisse ses trois monstres merveilleuses petites têtes blondes à son mari.

09H30 : Johanna arrive. Elle a renoncé au brushing après qu’elle a accouché du deuxième. Et elle a troqué son skinny pour un jogging. Je ne dis rien, c’est dimanche.

Johanna, c’est ma grande copine d’adolescence. On prenait des cuites au Gin Fizz chaque vendredi, en écumant les lieux branchés de la ville. Puis un vendredi, après un Gin Fizz de trop, elle a rencontré Franck. Un beau mec, plutôt sympa, qui a immédiatement vendu du rêve à Johanna. Mais le rêve est rapidement devenu un piège : elle a troqué le Gin pour de la tisane, les robes courtes pour des pantalons confortables (enfer et damnation) et les sorties du vendredi pour des soirées jeux de société entre couples – j’ai arrêté d’y aller quand, par ma faute, les équipes étaient déséquilibrées.

Puis, elle est tombée enceinte du premier. Elle a plutôt bien vécu sa grossesse et l’arrivée du petit. Du coup, elle a enchaîné. Paf, un an après la naissance de Raphaël arrivait Constance. Pas découragée par les vergetures et le caca qui pue, elle a remis le couvert. Une poule pondeuse cette nana. Je m’installais à peine avec Paul qu’elle accouchait de Charlotte.

Le problème c’est que non seulement elle ne boit plus de Gin Fizz, mais – comme si cela ne suffisait pas – elle ne parle plus que de ses merveilleux enfants.

10H : Trente minutes plus tard, j’hésite à demander au serveur un peu de rhum dans mon jus d’orange pressées. Trente minutes qu’elle me vante les qualités intellectuelles de Raphaël (un enfant « hors-norme » paraît-il, en avance sur tous les autres) et les prédispositions de Constance pour la musique. Et je pense que lorsque sa petite dernière sera en mesure de dire autre chose que « caca » et « faim », les plus grands spécialistes verront en elle la nouvelle Marie Curie. C’est le problème des copines devenues maman à plein-temps, elles ne voient plus que le nombril de leurs tendres chérubins sans réellement se préoccuper du monde dans lequel elles vivent.

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10H10 : Après les photos des premiers pas de ses merveilles, les photos de vacances et enfin le premier Noël à cinq, je m’éclipse. Des mois que je ne l’avais pas vue, qu’on se promettait de se voir rapidement pour un café sans pour autant convenir d’une date : je comprends mieux pourquoi.

10H15 : Retour à la maison. Paul dort toujours… On peut dire qu’il reste de l’adolescent chez lui. Peu importe l’heure à laquelle il se couche, il faut se battre pour qu’il se lève avant 12H.

Je vais lui faire le coup du réveil involontaire : en cherchant des chaussures dans le dressing, je ferai malencontreusement, tomber une paire ou deux tout en poussant un petit cri.

J’ai toujours croisé une multitude de femmes seules au marché. Avant, je trouvais ça triste et j’imaginais leur vie d’éternelle célibataire, condamnées à errer seules entre les légumes et le poisson. Puis j’ai compris. Ces femmes ne sont nullement désespérées, elles sont simplement fatiguées d’attendre que leur mec émerge d’un profond coma et décident donc de se rendre au marché seules.

10H20 : Ça a fonctionné ! Shrek est réveillé ! Je calme la bête avec des croissants et le café au lit. Je lui raconte mon café avec maman Johanna puis signale mon envie d’aller faire un tour au marché avant que ses yeux ne s’ouvrent totalement et que le cerveau mobilise ses capacités.

10H40 : J’essaye de l’agiter un peu. Je ne suis pas persuadée qu’il soit enchanté de prendre une douche dès le dimanche matin. Je pense qu’il avait juste envie de migrer doucement vers le canapé.

11H15 : Monsieur Paul est prêt, je lui ai fait retirer son jogging pour un chino. En route vers le marché de La Chapelle, liste en main et sublime panier du Bon Marché à l’épaule.

11H30 : Le marché est pour moi presque aussi obsédant qu’une virée chez Zara : j’ai envie de tout prendre, le poulet du Gers, du Comté, du poisson, des fleurs… mais aussi de dévaliser les étalages du primeur.

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Paul me suit gaiement dans mes pérégrinations, le petit-déj’ a dû suffire à le mettre de bonne humeur. Il m’aide à choisir les légumes chez le primeur, discute avec, et va chercher du poisson sans menace de ma part (je l’ai vraiment bien dressé). Mais sa mine s’assombrit brusquement après trente minutes passées à choisir des fleurs.

12H15 : Je crois qu’il en a marre. Il ne répond plus à mes questions que par des mouvements d’approbation et des bougonnements. Je décide de le prendre par les sentiments : « tu as faim doudou ? »

Paul , pris d’un soudain regain d’énergie : « ouaissss, vite qu’on s’en aille ! »

La merveilleuse Claire fait alors son apparition : « on passe poser les courses à la maison et on file bruncher à la Rotonde, j’ai réservé pour 13h ! » Haussement de sourcils pour le moins étrange, preuve que mes capacités organisationnelles le surprennent toujours.

13H : Arrivée à la Rotonde, paradis du bobo. Le brunch est gargantuesque. Alors que je jette mon dévolu sur les jus de fruits frais, le café et quelques viennoiseries, mon ogre de petit copain se rue sur la charcuterie et le fromage.

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13H45 : Paul vient de remplir son assiette pour la cinquième fois alors que j’ai capitulé après la seconde assiette. C’est quand même sacrément rentable le brunch pour un mec. Sauf qu’après les 5000 calories ingurgitées, monsieur Paul va réclamer la sieste. Alors que j’ai déjà pris des billets pour la dernière expo de la Fondation Louis Vuitton.

14H, Paul : « J’ai le ventre plein chérie. On devrait rentrer faire la sieste. » L’homme est tellement prévisible.

J’use alors d’un des avantages qu’a la femme sur l’homme  : « Mais doudou, la semaine dernière je t’ai proposé d’aller à la fondation Vuitton aujourd’hui pour voir leur nouvelle expo. Tu m’as dit oui, alors j’ai pris les places. Tu ne t’en souviens pas ? Encore une fois ou tu faisais semblant de m’écouter, c’est ça ? » (conseil : haussez le ton lors de cette dernière interrogation afin de signaler votre agacement)

Paul vire soudainement au blanc-cachet-d’aspirine. J’adore le mettre en porte-à-faux alors que je n’ai jamais mentionné la dernière expo de la fondation Louis Vuitton. Il pense qu’il a oublié, il n’ose donc pas me contredire et encore moins m’énerver quand il croit avoir tort.

14H10 : J’ai encore gagné, nous partons à la découverte de ladite expo ! Peu fière de ma victoire mais néanmoins fairplay, je lui susurre : « après la fondation Vuitton, on pourra aller faire la sieste. Et si tu fais preuve de patience lors de la visite, nous serons peut-être deux sous la couette… »

Je sais que, dès que le sexe entre en jeu, je l’emporte toujours.


PAUL

Beaucoup trop tôt : Claire me réveille. J’ai parfois l’impression qu’elle fait volontairement du bruit pour que je me lève. Dimanche dernier, j’avais droit à l’aspirateur dans le salon car elle aurait renversé du café partout. Aujourd’hui, une paire de chaussures est malheureusement tombée du placard alors qu’elle choisissait sa tenue du dimanche. Sauf qu’elle avait déjà des chaussures au pied… À surveiller !

Alors que ma journée pourrait bien commencer avec le combo café-croissants au lit, Claire se met à parler. À me raconter sa matinée alors que la mienne n’a pas encore commencé. Elle parle, elle parle sans s’arrêter. Je vais être obligé de faire semblant de me rendormir, ou de simuler un malaise.

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10H40 : Claire essaye de me presser… un dimanche ! Sauf tempête sur la ville, elle trouve toujours une multitude d’activités à faire chaque dimanche. Et aucun moment de la journée n’est épargné. Alors que je rêve juste de passer ma journée à glander en caleçon, télécommande dans une main, tablette de chocolat dans l’autre.

Aujourd’hui, c’est jour de marché. Il ne fait pas trop moche, j’ai donc accepté de l’accompagner.

11H15 : Je ne vois pas pourquoi je n’ai pas le droit au jogging. Faut être beau le dimanche maintenant ?

11H30 : Arrivée au marché de La Chapelle. Claire est au taquet et consulte sa liste toutes les trente secondes pour être sure de ne rien oublier. Ça va, l’ambiance est agréable, ça sent plutôt bon, ça commencerait presque à me donner faim.

Je l’aide à choisir les légumes et je file voir le poissonnier. Plus vite les lignes de sa liste seront rayées, plus vite on ira manger. Elle pense que je suis en train de m’investir dans notre ménage alors que je fais tout ça pour la bouffe, et pour la sieste.

12H10 : Je n’en peux plus. Autant j’accepte de passer cinq minutes avec le primeur, mais une demi-heure avec la fleuriste c’est trop. Notre appartement ressemble déjà à Jardiland et on parvient à peine à mettre un pied sur le balcon tant elle a mis de fleurs au sol, et au mur ! Cette fille est vraiment excessive.

Et puis j’ai faim. Et quand j’ai faim, plus rien ne m’intéresse. Je vois des poulets rôtis partout.

12H15 : Ma prière a été entendue, Claire mentionne le repas. Cool, un poulet à la maison, le pyjama et la sieste.

12H20 : Visiblement Claire a d’autres plans, nous allons bruncher. J’aime assez le concept, je vais manger jusqu’à ne plus pouvoir bouger. Par contre, je comprends qu’elle a réservé à la Rotonde sans même m’en toucher un mot. Comme si elle savait que j’allais accepter sans broncher.

13H15 : Claire ne semble pas avoir compris le concept du brunch à volonté. Seulement deux petites assiettes et une salade de fruits. C’est vraiment pas rentable la formule à volonté avec les filles.

14H : J’ai avalé l’équivalent de quatre repas consécutifs. Je ne peux plus bouger. Je me mets à rêver de la sieste, visualisant parfaitement le moment où je me débarrasse de tous mes vêtements et me blottissant sous la couette.

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Mais Claire en a décidé autrement. Elle me parle de la dernière expo de la fondation Vuitton. Apparemment, elle m’en aurait parlé en début de semaine. J’y crois à peine, mais les moments où je ne l’écoute que d’une oreille sont si nombreux, les occasions où j’acquiesce sans vraiment savoir de quoi elle parle sont si fréquentes, qu’elle dit peut-être  vrai.

Pour éviter une crise politique majeure qui se terminera forcément par une victoire de Claire, j’obtempère. Et puis, elle vient de me promettre une sieste coquine à l’issue de la visite…

2 commentaires sur “Le Dimanche matin

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