Anecdotes

Belle-maman à la maison

La mère de Paul a décidé de s’inviter pour quelques jours à la maison. Elle souhaite découvrir le cocon de son fils chéri (et vérifier que son petit bébé est entre de bonnes mains).


CLAIRE

Jour J, 8H : Impossible de dormir davantage. Belle-maman débarque dans quelques heures.

Dans sa maison du trou du cul du Loir-et-Cher tout est parfait. Tout est si propre que l’on pourrait manger à même le sol, mais il serait néanmoins impensable d’y déguster les merveilleux repas qu’elle nous concocte des heures durant. Et sa maison n’a rien à envier à celles de Marie Claire Maison. Elle a décoré chaque pièce avec goût et tous les éléments soigneusement choisis ont été disposés dans une parfaite harmonie.

Mon deux-pièces et moi sommes vraiment jalouses. Impossible de rivaliser.

Mais tout doit être parfait. Je passe en mode fée du logis.

09H : Rangement de la salle de bains, entretien du tapis, nettoyage intérieur puis extérieur du frigo. Sachez que la belle-mère est le genre de femme qui voit ce que les autres n’aperçoivent même pas. La moindre tache. Le moindre défaut.

D’ailleurs, avez-vous déjà remarqué que belle-maman rime avec tyran ? Coïncidence ? Je ne pense pas.

Je descends les poubelles, nos cadavres de la semaine (18 bières et deux bouteilles de vin) et le plastique. Rien ne doit traîner. Rien ne doit laisser présager que nous sommes parfois deux adolescents attardés, qui passent leur temps à boire l’apéro en se racontant de la merde, pourvu qu’il y ait l’ivresse.

10H : BRANLE-BAS DE COMBAT à l’appartement. Telle Cendrillon au service de Javotte et Anastasie, je dois tout récurer. Triste réalité.

Mais je ne veux plus un grain de poussière dans l’appartement. Je veux que – pour la première fois de ma vie – on puisse manger par terre tant c’est propre. Et mon intérieur doit être digne du dernier Marie Claire Maison.

Je me mets à traquer la moindre saleté. Paul se propose de m’aider à faire le ménage. Pour la première fois en cinq ans, je n’ai pas à lui mettre le couteau sous la gorge en lui montrant le nettoyant à vitres. Du progrès.

10H30 : J’en profite, doudou a l’air assez motivé. J’aime ce partage des tâches ménagères.

10H35 : Je comprends mieux pourquoi je fais toujours tout moi-même. Un manchot qui passe l’aspirateur. Je râle. Je finis toujours par râler et faire les choses moi-même. Éternelle insatisfaite, je prends donc les choses en main et l’envoie chez Monop’. Puisse la déesse du ménage être à mes côtés.

10H45 : Paul est parti. J’en profite pour mettre la musique. Beyoncé résonne dans tout l’appartement. Le manche de l’aspirateur devient mon micro et je reproduis la chorégraphie de Single ladies.

 

Madame Doubtfire danse avec son balai

 

J’ai beau m’appliquer, je ressemble davantage à la fille complètement bourrée que vous croisez en boîte à 5H du mat’  – et qui se prend pour la déesse de la danse – qu’à Beyoncé.

Les hommes ne comprennent pas forcément pourquoi le ménage dure aussi longtemps. Chez eux, ça va vite, très vite. Mais chez nous, ça swingue et on se retrouve vite à chanter du Céline Dion sur le lit, plumeau à la main.

11H30 : Aspi ok, place à la serpillère. Tout ça pour plaire à belle-maman.

11H45 : Pause café. L’appartement est nickel, je suis vraiment une machine. Place à la déco. Je rêve de belle-maman s’extasiant à la vue du salon. Les coussins volent, la literie est changée, les lampes trouvent une nouvelle place.

Je vais acheter des fleurs, cela illuminera le salon, et puis ça fait tellement Marie Claire Maison. J’ai l’impression de m’être transformée en Charlotte York, la parfaite femme au foyer de Sex and the City.

12H30 : Belle-maman est de nature curieuse, elle voudra sûrement découvrir toutes les pièces de l’appartement. Et la chambre à coucher va poser problème, on se croirait chez Zara un samedi de soldes. Il y en a absolument partout.

Je médite. Paul supporte quand même tout ça. Sans jamais vraiment crier. Il est d’une patience.

12H45 : Je médite encore, oublie Paul quelques instants et repense à belle-maman. J’appréhende le moment où elle prononcera sa sempiternelle sentence : « Claire, quand me donnerez-vous de magnifiques petits-enfants ? ». Putain de merde. Elle n’attend que ça. Mais je ne suis pas encore prête à renoncer à mon apéro quotidien avec Paul, ni à mes sorties entre copines du vendredi soir et encore moins à mes vacances en amoureux. Parce qu’on a beau dire, les enfants font beaucoup de bruit. Et ça ne sent pas toujours bon. Et puis, j’ai fait mes estimations. Cela va nous ruiner. Une chambre de bébé ou des vacances en Grèce ? Ah ah ah.

Et c’est une chose qu’une femme ne peut pas ouvertement exprimer. Pourtant, qu’on arrête de nous mentir, nous n’avons pas forcément toutes cette volonté de materner. On a déjà tellement de mal à gérer notre propre vie. Alors gérer une autre vie… Puis, c’est hyper fragile. Et si un jour je le fais tomber ?

J’arrête avec les plans sur la comète, il s’agit juste d’éviter l’incident diplomatique avec belle-maman. Et de trouver une excuse valable.

 

mariah-carey-réflexion

 

Je me remets au rangement. J’ai presque terminé !

13H45 : Paul rentre. Je lis dans ses yeux la stupéfaction. Mieux qu’un ouragan, Claire la ménagère. Mais là, Claire la ménagère est fatiguée, et fait ses petits yeux de cocker. Paul me propose un bon resto ! Ouaisssssss !

Note à moi-même : Les yeux de cocker marchent (presque) toujours avec les hommes ! Ne jamais l’oublier !

15H : Après quelques verres de Saint-Émilion, un magret et un café gourmand, de retour à la maison. L’homme va faire sa sieste habituelle sur le canapé – et va bien évidemment déranger tous les coussins et baver sur le plaid qui sent encore la soupline. J’en profite pour ranger le dressing. C’est fou ce que je peux avoir comme vêtements. Et j’ai une incroyable capacité à vider les penderies en moins de deux minutes. Doudou sera épaté lorsqu’il verra que tout est rangé.

Sur la table à manger trône fièrement le beau bouquet que je me suis offerte et sur la table basse le dernier Marie Claire Maison ainsi qu’un roman un peu intello-bobo acheté un jour de promenade dans le XVIIème – que je n’ai néanmoins jamais ouvert mais j’y glisse malgré tout un marque-pages au hasard. Oui, je suis LA belle-fille parfaite. Enfin, je fais (un peu) semblant.

16H : L’Homme-ours se réveille. Il a bavé sur le plaid pendant son sommeil. Putain non, on est dans Marie Claire Maison mon cochon.

Une bonne douche, et nous voilà partis à Austerlitz récupérer belle-maman.

16H30 : Le cerveau de Paul émerge, il comprend enfin qu’il va falloir occuper sa petite maman pendant plusieurs jours. Il a vraiment la capacité d’anticipation d’une huître.

Et là, je jouis intérieurement. La copine épatante va faire son apparition, celle qui permet à l’homme de survivre. Téléphone en main, j’ouvre le dernier tableau que j’ai créé. Je suis sa huitième merveille du monde.

 


PAUL

Jour J : Ma mère arrive à 17H. Ma mère déteste Paris : le bruit, la pollution, le métro. Tout l’insupporte. Pourtant – et parce que je ne vais pas beaucoup la voir – elle a décidé de venir jusqu’à moi, jusqu’à nous, dans notre petit appartement.

Nous avons tous deux posé quelques jours de RTT afin de lui faire redécouvrir la ville. Et il va falloir qu’on l’occupe, je n’y avais même pas songé. Elle ne se contentera pas d’une bière devant un match de foot. Merde. Je demanderai à Claire, elle a sûrement nombre d’idées ingénieuses.

10H : Claire se lance dans le ménage. Plumeau dans une main, lingettes désinfectantes dans l’autre. Sur la table, le nettoyant à vitres et le Cif semblent m’être destinés. Le genre de matinée que j’apprécie tout particulièrement.

Elle veut que le séjour de sa belle-mère soit parfait, c’est touchant. Je lui propose mon aide, elle m’envoie nettoyer les vitres puis la salle de bains.

10H30 : C’EST FAIT ! Intense moment de fierté : j’ai volontairement participé aux tâches ménagères !

Claire me met (déjà) l’aspirateur entre les mains. Pas démotivé, je me lance et lui prouve par la même occasion ma bonne foi.

Victor adore l’aspirateur. Alors qu’il était encore un tout petit bébé, je m’amusais  à lui passer l’aspirateur sur tout son petit corps, pour l’habituer à gérer certains moments de stress intense. Aujourd’hui l’aspi est son meilleur ami et on ne peut pas sortir l’engin sans qu’il se jette dessous avec des coeurs dans les yeux.

 

Le chat et l'aspirateur

 

10H35 : Elle m’arrête : « non mais là, ça sert à rien ce que tu fais ! Ce n’est pas comme ça qu’on passe l’aspi ! Il faut déplacer les meubles et soulever les chaises ! Et puis il faut prendre l’embout adapté quand tu t’attaques aux coins ! »

J’ai envie de lui répondre « non mais en même temps, tu manges souvent par terre sous les meubles ? » Je m’abstiens. C’est un terrain glissant sur lequel je risque de m’engager. Et à ce jeu, c’est souvent elle qui gagne.

En cinq ans, j’ai pu remarquer que je ne faisais jamais le ménage comme elle le souhaiterait. Seule sa manière semble convenir. Et c’est à peu près pareil pour chaque tâche du quotidien : je ne remplis pas le lave-vaisselle comme il faut, je ne plie pas le linge correctement, je remets les coussins sur le canapé n’importe comment…

C’est tout simplement parce que je m’en fous. Je le fais, c’est déjà pas mal. Si en plus il faut s’appliquer, alors là…

10H45 : Elle m’envoie commander un gâteau puis faire les courses. Cool. Raph n’habite pas loin du Monop’, et Raph a toujours une bière pour moi.

10H46 : Je n’avais jamais vu une telle liste : taille A4, police 9 et trois colonnes. Je vais y passer au moins deux heures. Tristesse sans nom. Je crois que je vais avoir besoin de passer chez Raph avant ma mission, et boire une bière pour me donner du courage.

 

Ryan Gosling au supermarché

 

13H : FINI ! Viteeeeeee, chez Raph. Une autre bière, pour me féliciter de n’avoir tué personne et d’avoir acheté absolument TOUT ce qui se trouve sur ladite liste. Raph regarde la liste, circonspect. Raph, c’est l’éternel célibataire, le beau gosse charmeur qui n’a jamais eu envie de se caser et n’a donc jamais connu les listes de courses.

Et là, Raph retourne la liste. Panique, sueurs froides, tachycardie. Au verso, la liste à destination du primeur. Un cauchemar sans fin.

13H45 : De retour à la maison. Ça brille, ça sent bon. Je vide les six sacs de courses. Claire sort de la douche : « tu aimes les changements niveau décoration ? j’ai mis les coussins de la chambre dans le salon, modifié la disposition du tapis et bougé quelques lampes. Et puis j’ai acheté des fleurs, pour égayer le salon »

Je n’avais absolument rien remarqué. Et je n’ai toujours pas compris son histoire de coussins.

Je l’emmène au resto. Recevoir ma mère la stresse, un bon magret et un grand verre de vin lui feront du bien.

15H : Bien mangé, bien bu. L’heure de la-sieste-du-samedi-sur-le-canap’ a sonné. Et peut-être du gros câlin.

16H : Pas de gros câlin amoureux aujourd’hui. Son état de stress va crescendo, elle nettoie encore. Et elle a rangé le dressing pendant que je dormais. La chambre est finalement assez grande !

16H30 : Départ pour Austerlitz. Je demande quand même à Claire si elle a des idées pour le week-end parisien de ma mère.

Et là, sourire aux lèvres et sûre d’elle, Claire dégaine son téléphone :

planning-belle-maman

16h32 : Je suis bouche bée. Elle a absolument TOUT organisé. Cette femme est une pure merveille, même si sa capacité à créer des tableaux plus vite que son ombre m’effraie. Et puis, je ne suis pas très fan du programme du dimanche soir. Mais je n’ai d’autre choix que de m’incliner, la queue entre les jambes. Elle est flippante, mais géniale.

7 commentaires sur “Belle-maman à la maison

  1. Bonjour, un beau billet plein d’humour et de vérité, je ris car je suis une « belle-maman » sauf que je ne me vois pas débarquer chez mes enfants parisiens, on s’aime très fort bien sûr, mais la cohabitation pour moi n’est pas possible. Bonne journée MTH

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