Anecdotes

La journée shopping

L’été approche à grands pas. La chaleur s’installe, les fleurs s’accumulent et le soleil montre enfin le bout de son nez. Période où tout le pays retrouve le sourire et sort de sous son plaid. Et moi, quand il commence à faire beau, j’ai envie de faire du shopping ! Et devinez : Paul a voulu m’accompagner ce samedi.

 


CLAIRE 

08H : Je me réveille. Excitée par cette journée shopping à venir, je ne peux dormir davantage. Je suis tout emballée à l’idée de parcourir les boutiques par dizaines, épuiser les vendeuses en leur demandant des tailles qui ne se trouvent pas en rayon, pénétrer dans des boutiques où je ne peux même pas m’offrir un pull (sauf en vendant un de mes reins, j’y songe encore).

Le PROBLÈME : Paul a souhaité me tenir compagnie, afin de passer davantage de temps avec moi. Sur le papier, c’est une belle preuve d’amour. Mais va-t-il être suffisamment patient ?

08H30 : Je me retiens de le réveiller, je trépigne : Printemps ouvre dans une heure. J’ai mon astuce pour le réveiller « involontairement » : faire semblant de chercher une pochette adaptée à ma tenue dans la chambre en RETOURNANT et en VIDANT absolument tous les tiroirs et les placards, ponctuant ma recherche par des « mais c’est pas possible, où cette fichue pochette ? » à voix suffisamment haute. Avec une lampe allumée, je suis presque sûre de parvenir à réveiller Doudou.

Gagné. Il marmonne. Je lui apporte le café au lit, simulant ma bonne foi et m’excusant si je l’ai malencontreusement réveillé.

09H30 : Nous voilà partis. Je suis AU TAQUET, CB à la main, parée à dégainer !

09H45 : Arrivée au Printemps Haussmann. Je me sens plutôt bien, les gens ont une odeur agréable, sont souriants, et la boutique n’est pas remplie par des hordes de touristes dont le budget shopping correspond à mon salaire annuel.

Passage au deuxième étage, où je rêve de dépenser le PIB de l’Angola tant c’est beau, tant chaque tenue m’irait à merveille. Je ne m’arrête pas, Doudou serait effrayé par les prix et me sermonnerait « mais comment un pantalon peut-il être si cher? ». Je n’ai pas envie d’argumenter pendant quinze minutes sur le savoir-faire, la qualité et le statut presque unique de chaque pièce. Je lui réponds donc, « ah, tu sais la mode… ».

gazelle-jumping10H : J’adooooore le troisième étage. Je me précipite chez Ba&sh, telle une jeune gazelle dans la savane. J’ai dit à Paul que je n’avais rien à me mettre, je peux TOUT regarder.

 

Merde, après tout c’est la rentrée. Les enfants ont le droit à de nouveaux habits, un nouveau sac et de superbes chaussures ; alors pourquoi pas moi ?

Je repère LA veste. Vous savez, celle sur laquelle vous craquez instantanément et dont vous savez, lorsque vous la prenez en main, qu’elle est faite pour vous. 295 euros. Je l’essaye. Et la lumière fut. Je suis une autre femme : la trentenaire sexy, désirable, ayant une sublime garde-robe. Celle que nous avons l’habitude de détester.

Paul interrompt brusquement mon monologue intérieur avec la déesse du shopping : « mouais, pourquoi pas. Mais t’as pas déjà la même ? Et combien ça coûte ? »

L’Homme est voué à l’extinction. J’ai bien compris la veste qu’il mentionnait, une vieillerie de chez Mango aux formes improbables, au motif certes un peu similaire, mais qui n’a somme toute rien à voir avec celle-ci.  Je ne m’abaisserai pas à répondre à cette question. Comment peut-il confondre ? Et s’il est là ce n’est pas pour du conseil après tout – les filles, sachez que votre copain n’y comprend rien et qu’il s’en fout, il souhaite simplement aller vite et dira que tout vous sied… ou alors il est gay -, il doit juste être là pour me soutenir, me comparer à Angelina Jolie et éventuellement m’offrir une jolie petite robe après que je lui ai fait LE regard du bébé loutre.

Je lui mens : « elle coûte 145 euros. Certes, un peu cher mais parfois il faut savoir être qualitatif et non pas quantitatif. » Je ne sais pas pour combien de temps je parviendrai à lui cacher le véritable prix de ma veste, mais j’improvise. Tout un art. J’entends son soupir d’acceptation. Je la garde (je l’avais déjà ajoutée à mon budget de toute façon).

Je marche, à la Naomi Campbell, dans les corners. Claudie Pierlot, American Vintage, Maje, Pablo, Les Petites. J’ai envie de chanter, et de dépenser tout mon PEL.

11H : Les essayages s’achèvent, je vois Paul « soupirer ». Mon choix est fait. Un petit tour au quatrième étage. J’estime ce que j’ai prévu d’acheter et je constate que cela approche dangereusement des quatre chiffres. Je suis foutue, il va hurler, s’arracher les cheveux, puis essayer de se pendre avec un cintre.

Deux petits chemisiers en plus chez & Other Stories et me voilà prête à marcher vers la douloureuse. Je repense à la veste Ba&sh. Comment lui cacher le prix ? Par chance, quatre touristes en caisse devant moi, je lui suggère d’attendre dans un café, que cela risque d’être long car ici on paye la mode mais aussi le service. Il accepte, avec plaisir même, me faisant un bisou puis chuchotant « ne te trompe pas de carte. Ces dépenses sont pour toi et toi seule, donc ne touche pas à compte commun. » Le gros con radin.

11H15 : Je viens de dépenser presque la moitié de mon salaire. Je vais me calmer et lui proposer d’aller chez Zara, puis chez H&M.

 

shopping-zara

 

11H45 : Café terminé, je suis toujours AU TAQUET alors que Paul commence à fatiguer.

14H : Quarante minutes chez Zara, une heure chez H&M. Passages en caisse. Je suis à découvert. Paul est excédé, il va bientôt me traîner de force au bistrot pour une pinte de bière.

14H15 : Nous voilà assis, bière à la main, cigarette au bec. Je jouis intérieurement de tous mes achats. Je pense que Doudou a besoin d’une pause, alors que la journée est loin d’être terminée et que je vais bientôt le supplier de m’offrir des chaussures, et un sac, lui promettant monts et merveilles ce soir.


PAUL 

08H30 : Je l’entends s’agiter dans les placards. À croire qu’elle essaie de me réveiller. J’ai eu la (très) mauvaise idée de lui proposer ma compagnie lors de sa séance shopping hebdomadaire. Car elle a beau me répéter combien elle est ruinée, elle part néanmoins chaque samedi matin à l’assaut de la dernière petite robe avec ses BFF ou seule. Une femme n’a apparemment besoin de personne pour le shopping.

Mais cette fois, j’ai eu envie de passer davantage de temps à ses côtés. Me voilà donc sorti du lit, face à Claire qui saute partout et diffuse Beyoncé dans le salon.

09H30 : Je n’ai visiblement pas le droit à un petit câlin. Elle est deux fois plus rapide qu’en semaine pour se préparer, m’attend à la porte en trépignant « Pauuuul, dépêche-toi par pitié ! ».

La journée s’annonce particulièrement cool.

09H45 : Nous voilà au Printemps. Le concept me dépasse : un si grand espace juste pour des fringues ? Vraiment, je ne saisis pas. Mais il faut reconnaître qu’ils font bien leur travail, c’est un véritable paradis de la consommation pour la jeune cadre dynamique.

J’observe Claire lorgner sur des fringues dont j’ignore même la marque, et davantage encore le prix. Elle commence à faire sa moue de petite fille triste, je comprends. D’ici deux heures, elle me suppliera de lui offrir une petite robe, ou des chaussures.

Arrivée au troisième étage : Claire perd le contrôle, s’arrête net à la vue d’une veste, et ses yeux se mettent à briller. J’ai vraiment l’impression qu’elle a déjà la même, je lui fais savoir. 145 euros pour une veste qui ne pourra pas lui tenir chaud et qui d’ici deux mois sera cachée au fond du placard. 950 francs putain. Je ne dis rien, je reste calme.

11H : Je perds mon calme. Elle est infatigable. Elle a décidé d’essayer l’ensemble du magasin, marchant vers moi entre chaque essayage, répétant inlassablement « tu aimes ? mon corps est mis en valeur ? C’est une SUPER affaire ». Et je n’ose même pas lui dire qu’à mes yeux tout est strictement identique.

Je constate qu’elle quitte les cabines avec trop d’articles, alors que son dressing déborde déjà. Mais apparemment je n’y comprends rien, « la mode est bien moins superficielle que tu ne le penses, c’est un miroir sur l’âme » m’a-t-elle dit. Maline, la petite !

11H15 : Au bar. J’hésite longuement : café, pinte, mojito. Cette journée va m’épuiser. Elle mentionne maintenant Zara et H&M, mon pire cauchemar.

 

couple-shopping

11H45 : Nous arrivons chez Zara. Mais pourquoi ai-je accepté de l’accompagner ?

14H : Je n’en peux plus. Elle a passé davantage de temps chez Zara que dans l’appartement que nous avons visité la semaine dernière pour notre premier achat.. Les femmes me dépasseront toujours. Je suis au bout du rouleau, je n’ai plus de batterie, plus de vie à Candy Crush, et j’ai terminé Geo. Il faut que je mange, et que je fasse une sieste.

14H15 : Souhait exaucé, nous voilà attablés. Je vois bien qu’elle n’en a pas eu suffisamment, qu’elle espère continuer à sillonner les rues de Paris. Mais ma journée shopping est terminée, il ne me reste plus qu’à prendre mon courage à deux mains pour affronter le dragon, et lui dire que je compte rentrer.

 

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